Restez ouvert, c’est ce qui fait la beauté d’un esprit créatif
Cela peut paraitre curieux, mais je relis régulièrement mes propres livres, car même si je les ai écrits, il m’arrive, comme vous, d’oublier certaines idées intéressantes.
Ceci dit, je ne relis pas mes livres en entier, du début à la fin. Ce qu’il se passe en général, c’est que je lis ou pense à une idée, et cette idée me rappelle l’un de mes écrits : livre, article publié sur le blog, note prise dans mon journal, etc.
Je reprends alors ce texte, et bien souvent, des pensées originales naissent de la collision de ces idées.
Ce matin, j’ai trouvé cette citation intéressante :
Un grand poète apprend à regarder le monde comme s’il s’agissait du premier jour de la création et à affronter les difficultés comme un moyen de se découvrir soi-même.
Elle est extraite du livre « La vie commence chaque jour », un recueil de lettres écrites par le poète Rainer Maria Rilke.
Cette citation m’a immédiatement fait penser à un chapitre de mon livre Principes de la photographie de tous les jours : Soyez joueur, cultivez l’esprit du débutant.
En voici un extrait, qui peut-être vous parlera autant qu’à moi aujourd’hui :
Efforcez-vous de voir la vie telle qu’elle l’est vraiment, là, devant vos yeux, à cet instant précis. Résistez à toute tentation de la comparer avec ce que vous imaginez ou espérez. Acceptez-la telle qu’elle est.
Vous n’avez aucun contrôle sur ce qu’il se passe ou ce qu’il ne se passe pas autour de vous, ce que les gens font ou ne font pas, ce qui joue en votre faveur ou en votre défaveur. La vie est telle qu’elle est, telle qu’elle doit l’être, et vous ne pouvez rien faire pour la changer.
Tout ce que vous pouvez contrôler, c’est vous-même — ce que vous pensez, ce que vous regardez et ce que vous faites. Alors, acceptez pleinement la réalité, sans aucun jugement, et adaptez-vous. Comme le dit le proverbe, « quand la vie vous donne des citrons, faites de la citronnade ».
Soyez joueur. Cultivez l’esprit libre et ouvert du débutant. Ne cherchez rien. Tant qu’il y aura désir, il y aura frustration, et la seule façon d’anéantir le désir, c’est d’avoir la sagesse d’accepter la vie telle qu’elle est, de ne voir que la réalité.
En relisant mes propres mots, l’idée d’un article m’est alors venue.
J’ai commencé par recopier la citation, puis le passage de Principes que je venais de lire sur une page blanche, et me suis assis pour écrire, sans savoir où ces deux bribes de contenus allaient me mener.
Je pensais écrire au sujet de la réalité. J’avais même déjà un titre pour l’article que vous lisez actuellement : « La seule façon d’anéantir le désir, c’est d’avoir la sagesse d’accepter la vie telle qu’elle est. »
Mais finalement, un autre article, publié sur mon blog il y a quelques années, est venu chambouler mes plans : « Faites tout votre possible pour favoriser les collisions d’idées »
Tout comme les étincelles naissent de la collision de deux pierres différentes, les nouvelles idées naissent, elles aussi, d’une collision : celle de deux idées différentes.
Vous avez une idée, vous la confrontez à une seconde idée, et comme par magie, de la rencontre de ces deux idées, nait une troisième idée.
Si vous voulez avoir de nouvelles idées, vous devez donc favoriser la collision d’idées.
Non, ce n’est pas terminé, puisqu’en continuant d’écrire, j’ai repensé à un texte de Robert Greene que j’avais lu la veille, dans 365 lois :
En premier lieu, il est fondamental d'intégrer dans le processus créatif une période initiale libre de tout délai. Donnez à l'imagination le temps de rêver et de vagabonder, pour démarrer de façon floue et totalement ouverte. À ce stade, laissez le projet s'associer à des émotions puissantes, qui surgissent naturellement quand vous vous concentrez sur vos idées. Il est toujours facile de préciser ces dernières ultérieurement et de rendre le projet de plus en plus réaliste et rationnel.
En second lieu, il est préférable d'avoir une connaissance étendue de votre domaine et des domaines voisins, offrant au cerveau davantage de possibilités d'associations et de connexions.
En troisième lieu, pour garder toute sa vitalité à ce processus, il ne faut jamais céder à l'autosatisfaction, comme si votre vision initiale représentait le point final. Cultivez une profonde insatisfaction vis-à-vis de votre travail, améliorez continuellement vos idées et restez dans l'incertitude : ne soyez jamais tout à fait sûr de ce que sera l'étape suivante.
Le processus créatif est une démarche complexe et incertaine, c’est ce que j’ai voulu vous montrer en partageant avec vous le cheminement mental qui se cache derrière un simple article comme celui-ci.
Lorsqu’une idée nait dans votre esprit, lorsque vous vous asseyez pour écrire, lorsque vous sortez avec votre appareil photo, lorsque vous tracez votre premier trait sur une page blanche, vous êtes incapable de savoir où vos idées et votre inconscient vous mèneront.
Alors, restez ouvert — c’est ce qui fait la beauté d’un esprit créatif.

